Réglementation de la location meublée Airbnb à Lyon
À Lyon, la location meublée de courte durée (type Airbnb/Booking/Abritel) n’est pas simplement une “option de mise en location”. C’est un cadre réglementaire à part entière, construit précisément pour limiter la transformation de logements en hébergements touristiques, en particulier dans les secteurs les plus tendus. Pour un investisseur, la question n’est donc pas seulement “est-ce rentable ?”, mais aussi : est-ce autorisable, durable, et défendable en cas de contrôle ?
La Ville de Lyon impose notamment un enregistrement préalable (numéro obligatoire sur les annonces), et encadre fortement la résidence secondaire ou le logement d’investissement via le changement d’usage, parfois assorti d’une compensation.
Cet article synthétise les règles essentielles, les points de vigilance, et les bons réflexes de due diligence pour sécuriser un projet de location meublée touristique à Lyon.
1) Déclarer un meublé de tourisme à Lyon : Enregistrement obligatoire
La Ville de Lyon met à disposition une démarche dédiée pour déclarer un meublé de tourisme. La procédure aboutit à l’obtention d’un numéro d’enregistrement, qui doit obligatoirement figurer sur vos annonces de location.
En pratique, cela signifie qu’un investisseur ne devrait pas raisonner “mise en ligne puis régularisation”. La logique lyonnaise est inverse : enregistrement d’abord, publication ensuite.
À l’échelle nationale, l’administration rappelle également que lorsqu’une commune a mis en place une procédure d’enregistrement, le logement reçoit un numéro qui doit être reporté sur les annonces.
• Exemple concret
Un investisseur acquiert un T2 à Lyon et envisage une exploitation en courte durée. Avant toute commercialisation, il conviendrait de :
- réaliser l’enregistrement via la procédure dédiée,
- obtenir le numéro,
- l’afficher sur toutes les annonces et supports (Airbnb, Booking, Abritel, site en direct).

2) Résidence principale : Limite de 120 jours
La distinction résidence principale / résidence secondaire structure toute la réglementation.
En règle générale, la location en meublé de tourisme de sa résidence principale est possible dans une limite annuelle de 120 jours (cadre national). Cette limite est rappelée par l’administration française dans ses fiches pratiques sur les meublés de tourisme.
• Pourquoi ce point est déterminant pour un investisseur ?
Parce que la rentabilité d’une stratégie “Airbnb” se fonde souvent sur une exploitation bien au-delà de 120 jours. Or, à Lyon, dépasser cette limite lorsque le bien est la résidence principale (ou prétend être la résidence principale) exposerait à un risque réglementaire.
Par ailleurs, la loi du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme (dite “loi Le Meur”) a renforcé l’arsenal disponible pour les collectivités locales.
Sans entrer dans une interprétation hasardeuse commune par commune, la lecture investisseur est simple : le sens de l’histoire est au renforcement des contrôles et des outils locaux.
3) Résidence secondaire / bien d’investissement : Un “changement d’usage” ?
Dès lors que le logement n’est pas votre résidence principale, ou que l’exploitation touristique devient “structurelle”, Lyon bascule sur un régime nettement plus encadré : le changement d’usage.
La Ville de Lyon publie une démarche explicite pour demander le changement d’usage d’un logement et liste les pièces à fournir, dont un point très concret pour les projets de location touristique : un diagnostic de performance énergétique (DPE) est demandé pour un projet de location touristique.
La Ville a également publié un règlement encadrant les conditions de délivrance des autorisations de changement d’usage des locaux d’habitation, incluant des dispositions spécifiques pour la location meublée de courte durée et la compensation dans certains cas.
• Ce que cela change pour votre stratégie
Un investisseur qui achèterait un logement “pour faire du Airbnb” devrait considérer la location touristique comme une activité soumise à autorisation selon le cas, et non comme une simple modalité de location.
Autrement dit :
- un bien peut être excellent économiquement,
- mais non exploitable juridiquement selon l’usage projeté,
- ou exploitable seulement sous conditions (autorisation, compensation, copropriété, etc.).
• Exemple concret
Un appartement de 40 m² dans l’hyper-centre lyonnais pourrait sembler parfait pour la courte durée. Pourtant, si l’exploitation relève d’un changement d’usage soumis à autorisation (et éventuellement à compensation), l’investisseur devrait intégrer :
- un risque de refus,
- un coût de mise en conformité,
- et une incertitude de calendrier (délai de traitement).
Dans un montage sérieux, la stratégie Airbnb ne devrait donc pas être le seul scénario. Un scénario de repli (meublé longue durée, bail mobilité, location nue) serait prudent.

4) La compensation à Lyon : Un mécanisme à ne pas négliger
Lyon fait partie des villes qui ont déployé des règles de compensation pour lutter contre la disparition de logements du parc d’habitation au profit du tourisme.
Le règlement de la Ville de Lyon sur le changement d’usage précise que certaines demandes de changement d’usage en meublé de courte durée peuvent être soumises à compensation dans des conditions définies.
Des analyses juridiques et immobilières ont commenté le renforcement de cette logique de compensation dans la Métropole de Lyon.
La compensation est un mécanisme qui vise à “compenser” la perte d’un logement d’habitation par la remise sur le marché d’un autre local transformé en habitation (selon les règles locales).
Concrètement, ce mécanisme peut :
- augmenter fortement le coût d’accès au modèle Airbnb,
- rendre certains projets non pertinents économiquement,
- favoriser des arbitrages vers le bail mobilité / meublé classique / location nue.
5) Copropriété : Un facteur de risque sous-estimé (et pourtant décisif)
Même si un logement est “théoriquement autorisable”, la copropriété peut restreindre ou interdire certaines pratiques via le règlement de copropriété et la destination de l’immeuble.
La démarche lyonnaise de changement d’usage demande, lorsque applicable, un extrait du règlement de copropriété dans les pièces à fournir.
Cela confirme un point simple : la copropriété est une pièce du puzzle réglementaire, et non une considération secondaire.
• Bon réflexe de due diligence
Avant d’investir, un investisseur devrait idéalement vérifier :
- la destination de l’immeuble (habitation bourgeoise, mixte, etc.),
- la position historique de la copropriété sur la location touristique,
- les derniers PV d’AG (nuisances, boîtes à clés, va-et-vient),
- les procédures éventuelles.
6) DPE et trajectoire de rénovation : Un sujet réglementaire
Lyon intègre déjà le DPE dans ses pièces de dossier pour un projet de location touristique (dans le cadre d’une demande de changement d’usage).
Au-delà de la Ville, le contexte national s’est durci sur l’énergie, et la loi Le Meur a renforcé divers outils et obligations autour des meublés de tourisme.
Pour un investisseur, cela implique de considérer la performance énergétique non seulement comme un coût (travaux), mais aussi comme un facteur de :
- liquidité à la revente,
- acceptabilité locative (charges),
- stabilité réglementaire.

7) Encadrement des loyers à Lyon : Un impact indirect mais réel
L’encadrement des loyers est en place à Lyon et Villeurbanne depuis le 1er novembre 2021, et il s’inscrit dans une politique plus globale de régulation du marché, incluant la lutte contre la spéculation et l’action sur les meublés de tourisme.
L’administration française rappelle le principe et le fonctionnement général de l’encadrement des loyers.
• Pourquoi cela concerne un investisseur Airbnb ?
Parce que plus l’encadrement rend la location longue durée “moins flexible” sur le loyer, plus certains investisseurs cherchent la courte durée… ce qui conduit souvent les villes à renforcer les contraintes sur la courte durée. Plusieurs retours d’expérience institutionnels évoquent d’ailleurs l’impact de l’encadrement des loyers sur la dynamique de demandes liées aux meublés de tourisme.
L’encadrement des loyers ne s’applique pas directement à la location touristique au sens strict, mais il influence fortement l’économie locale du logement et les politiques publiques, donc l’environnement réglementaire global.
8) Sanctions et contrôles : un risque financier et opérationnel à intégrer
Les sanctions exactes et les procédures varient selon la qualification de l’infraction (défaut d’enregistrement, dépassement des limites, changement d’usage non autorisé, etc.). Ce qui doit être retenu côté investisseur est la logique suivante : à Lyon, la location touristique est une activité surveillée, et la Ville s’est dotée de règles et d’outils formalisés.
Un projet rentable “sur Excel” peut devenir un actif risqué si :
- la stratégie d’exploitation n’est pas alignée avec le statut réel du bien,
- les pièces (enregistrement / autorisation) ne sont pas sécurisées,
- la copropriété s’y oppose,
- ou si la trajectoire réglementaire évolue.

9) Trois scénarios typiques à Lyon
• Scénario A — Résidence principale exploitée 60 à 90 nuits/an
Ce scénario resterait généralement le plus simple : enregistrement, gestion maîtrisée, et respect strict du plafond annuel applicable.
La stratégie viserait un complément de revenus plutôt qu’un modèle “plein temps”.
• Scénario B — Bien d’investissement en courte durée dans l’hyper-centre
C’est le scénario le plus sensible : changement d’usage potentiellement requis, dossier, copropriété, et parfois compensation.
Dans cette hypothèse, un investisseur rigoureux intégrerait des scénarios de repli, car l’autorisation et ses conditions peuvent déterminer toute la rentabilité.
• Scénario C — Meublé longue durée / bail mobilité comme alternative
Pour certains biens, la stratégie la plus “durable” pourrait être un meublé longue durée bien positionné (ou bail mobilité), surtout si l’encadrement de la courte durée devient trop contraignant. Le couple rendement/risque peut être plus favorable, même si la rentabilité brute paraît inférieure.
10) Les 8 vérifications à faire avant d'investir en Airbnb à Lyon
- Statut du bien : résidence principale réelle ou investissement ?
- Enregistrement : procédure, numéro, affichage sur annonces.
- Changement d’usage : le projet y est-il soumis ? pièces, délais, conditions.
- Compensation : applicable ou non ? impact financier potentiel.
- Copropriété : destination, règlement, PV d’AG, risques de contentieux.
- DPE / travaux : cohérence énergétique et plan de travaux réaliste.
- Stratégie de repli : meublé LD / bail mobilité / nu si la courte durée est limitée.
- Pilotage administratif : traçabilité (réservations, nuitées, déclarations), indispensable en cas de contrôle.
Conclusion : La location courte durée, un investissement réglementé
La réglementation lyonnaise ne rend pas la location meublée touristique impossible, mais elle la rend conditionnelle et plus technique que dans de nombreuses villes : enregistrement obligatoire, distinction résidence principale/secondaire structurante, changement d’usage et compensation potentiels, poids de la copropriété, et durcissement national via la loi Le Meur.
Pour un investisseur, le bon raisonnement consisterait à :
- sécuriser d’abord la faisabilité réglementaire,
- construire ensuite le modèle économique,
- et intégrer enfin une stratégie alternative (repli) afin de protéger le TRI en cas d’évolution des règles.